20 juin 2017 Billet. Quand on n’a rien à cacher, on ne craint pas une enquête indépendante

Mardi 20 juin 2017 à Genève, lors de la session des Nations Unies sur les Droits de l’Homme, la situation des massacres au Kasaï sera abordée.

Les massacres du Kasaï, c’est des chiffres terrifiants :

– Des centaines de morts,

– Une quarantaine de fosses communes,

– Un demi-million d’enfants privés de scolarité,

– Des milliers de familles à jamais déstabilisées,

– Des dizaines de milliers d’exilés hors du pays,

– Plus d’un million d’exilés intérieurs,

Le gouvernement de fait de la RD Congo sera représenté par son ministre de la justice, monsieur Alexis Thambwe Mwamba.

Alexis Thambwe Mwamba, celui-là même qui défraie la chronique ces derniers jours dans deux dossiers:

– Il est l’autorité de tutelle des prisons congolaises qui ont connu des évasions toutes autant massives que spectaculaires dans plusieurs villes de la RD Congo, avec des morts à la clé.

– Une plainte vient d’être déposée contre lui en Belgique pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité suite à son implication dans l’abattage d’un avion civil. Ce qui causa une cinquantaine de morts. C’était il y a 19 ans, quand monsieur Thambwe Mwamba était haut cadre du mouvement rebelle RCD/Goma.

Doit-on enfin rappeler le parcours du gouvernement dont est membre sieur Thambwe Mwamba ?

– Depuis le 19 décembre 2016, le Président de la République dont dépend monsieur Thambwe Mwamba n’a plus la légitimité des urnes,

– Un accord a permis au Président de Mr Thambwe Mwamba de rester au pouvoir douze mois. Mais c’est sur base d’un texte falsifié de cet accord que monsieur Thambwe Mwamba a été nommé ministre de la justice.

Ainsi, sieur Thambwe Mwamba a-t-il de comptes à rendre au peuple congolais? Non, il ne lui devant rien. Mais il a plutôt des comptes à rendre à celui de qui il tire son pouvoir: Le Président de la république.

À Genève, Thambwe Mwamba ne parlera pas comme avocat du peuple congolais, mais comme celui d’un seul individu : le Président de transition Joseph Kabila.

À Genève, deux positions s’affronteront :

– Pour une mission d’enquête internationale indépendante,

– Contre une mission d’enquête internationale indépendante.

La position de l’ONU est connue : c’est celle d’envoyer une commission d’enquête indépendante.

Le peuple congolais en a-t-il besoin ?

Oui.

Le régime de Kinshasa en a-t-il besoin ?

Dans la mesure où il prétend oeuvrer pour le peuple, Oui, et pour les raisons suivantes :

– C’est de notoriété publique, la RD Congo a peut-être des experts, mais il est peu probable que ces experts soient suffisamment outillés. Il n’y a pas de honte à cela.

– Les massacres du Kasaï ont terni l’image de la RD Congo. Si le régime Kabila veut que cette image s’améliore, il a intérêt d’être lavé de tout soupçon grâce à une enquête internationale indépendante.

Logiquement, le régime de Kinshasa a-t-il intérêt à accepter une mission d’enquête internationale et indépendante d’enquête ?

Oui.

Et si par contre il advenait que l’envoyé du régime de Kinshasa prenait une posture contraire à Genève, qu’est-ce que cela voudrait-il signifier ?

Cela voudrait dire que le régime de Joseph Kabila ne veut pas que toute la vérité soit connue.

Or, « quand on n’a rien à se reprocher, quand on voudrait que la vérité triomphe, on ne craint pas une enquête indépendante, fut-elle internationale », bien au contraire.

Bruxelles, le 20 juin 2017

Cheik FITA

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