Des exploitants miniers rattrapés par l’illégalité et l’illégitimité de J. Kabila

« Le sol et le sous-sol congolais appartient aux Congolais », autant que «le sol et le sous-sol français appartiennent aux Français ».

Tel pourrait être la maxime qui planera sur la rencontre du 6 mars 2018 à Kinshasa entre le Président sortant et hors mandat Joseph Kabila et les PDG des plus grandes sociétés minières opérant en RD Congo.

Que veulent ces PDG ?

Qu’est-ce qui sortira de la rencontre ?

Où est l’intérêt de la RD Congo et du peuple congolais ?

Durant les dix-sept ans de règne de Joseph Kabila, des sociétés minières sont nées et ont prospéré en RD Congo. Ces sociétés avaient en face d’eux des animateurs d’institutions qui pouvaient engager et la République et le peuple congolais, même en touchant des dessous de table plantureux.

Quels contrats liaient ces entreprises minières à la RD Congo ? Ces contrats étaient-ils équitables ?

Selon le nouveau code minier, apparemment, les sociétés minières vont devoir payer un peu plus à l’état congolais.

D’où cette rencontre avec Joseph Kabila, en principe Président de la République, pour… Négocier !

Négocier quoi ?

Un problème très sérieux va plomber cette rencontre : celui de la légalité et de la légitimité de ceux qui doivent normalement engager l’état congolais ainsi que tous les 80 millions de Congolais.

Que peut le ministre des mines via qui les PDG des sociétés minières verront monsieur Joseph Kabila? Il est membre d’un gouvernement adultérin et non consensuel et rattrapé aussi dans l’illégalité et l’illégitimité.

Que peut Joseph Kabila aujourd’hui ? Pour engager la République et les 80 millions de Congolais, Joseph Kabila doit passer par les représentants du peuple que sont les parlementaires. Hélas, le mandat des parlementaires a déjà expiré.

Oui, il faudra toujours le rappeler, depuis le 31 décembre 2017, aucun Congolais ne peut se sentir concerné par une loi prise au-delà de cette date. Et les contrats signés en 2018 auront une durée de vie très courte, et ‘engageront que leurs signataires.

Plus, la RD Congo est déjà en période pré-électorale, l’activisme de la CENI peut le témoigner. Dans moins de 12 mois, Joseph Kabila et tout son clan sont appelés à disparaître de la direction politique de la RD Congo.

Au mieux, après les élections, ils réussiront à se retrouver dans l’opposition, au pire, le clan sera en débandade, le conglomérat décapité, et la plupart des membres du clan poursuivis par la justice tant nationale qu’internationales suite à toutes les casseroles accumulées depuis 17 ans.

2018 est en RD Congo une année de non-état. Quel accord économique sérieux peut-on y conclure ? Aucun.

Il est fort probable que dans les différents accords miniers conclus entre 2001 et 2017, le poids de certains individus ait joué. Mais ces individus, que représentent-ils aujourd’hui ? Que représenteront-ils demain ?

Les PDG des entreprises minières ont-ils à ce point été distraits face à l’évolution politique catastrophique du pays ? Pensaient-ils vraiment que Joseph Kabila et son clan avaient encore des années de pouvoir, et continuer ainsi à leur servir de parapluie ?

Tous les hommes d’affaires du monde savent qu’il est très risqué d’aller investir dans un pays politiquement instable. Or en ce moment, en RD Congo, c’est pire que l’instabilité, c’est pratiquement la jungle.

Asphyxié financièrement, le régime de Joseph Kabila aurait bien aimé que les sociétés minières contribuent au budget de l’état cette année, et en sous-main, puisse enrichir quelques apparatchiks du système.

Mais les PDG des entreprises minières ne devraient-ils pas comprendre qu’ils ont intérêt à ce qu’il y ait des élections, que des dirigeants légitimes arrivent au pouvoir ?

Grâce à la stabilité politique, leurs investissements pourraient être mieux protégés.

Si les opérateurs miniers se rendent chez Joseph Kabila pour obtenir une quelconque faveur, c’est raté. La marge de manœuvre de Joseph Kabila est de plus en plus étroite, et l’avenir de la RD Congo se jouera bientôt sans Joseph Kabila.

Oui, le Président sortant a été rattrapé par son illégalité et son illégitimité, là où il ne s’y attendait pas.

En tant que grands opérateurs économiques, les PDG des entreprises minières ne peuvent pas l’ignorer… Et doivent en tirer toutes les conséquences.

Bruxelles, le 6 mars 2018

Cheik FITA

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