Octobre, novembre, décembre : une poudrière appelée RD Congo, quelle issue ?

Que se passera-t-il politiquement en RD Congo en octobre, novembre et fin décembre 2017 ?

Le régime de Joseph Kabila réussira-t-il à se maintenir à la tête de la RD Congo comme en fin 2016 ou, le peuple congolais, excédé par la roublardise, le mensonge et l’aventurisme du clan Kabila, réussira-t-il à balayer le système?

L’état des lieux

Il faut être aveugle, de mauvaise foi et cynique pour ne pas constater une évidence : à partir de ce mois d’octobre 2017, la RD Congo entre dans une zone de forte turbulence politique pour trois raisons très simples :

– Sur toute l’étendue de la RD Congo, du quartier à la présidence de la République, aucun dirigeant n’a un mandat du peuple,

– L’Accord politique signé le 31 décembre 2016 alors que le pays entrait dans une zone de turbulence similaire, n’a pas du tout été appliqué. La raison ? Le clan Kabila qui avait les manettes du pouvoir avait estimé qu’une fois la pression populaire tombée, il pouvait récupérer de la main droite, ce qu’il avait cédé de la main gauche dans l’Accord de la Saint Sylvestre.

– Comme tous les peuples du monde, le peuple congolais voudrait que ceux qui dirigent le pays à tous les niveaux, aient son mandat.

Les forces en présence

En RD Congo, il n’y a plus aujourd’hui que deux camps :

– Ceux qui soutiennent Joseph Kabila avec ses institutions périmées et sa vision à savoir : continuer à être au pouvoir au mépris de la durée de mandat,

– Ceux qui veulent le départ de Joseph Kabila du pouvoir au plus tard le 31 décembre 2017, et qui considèrent que Joseph Kabila et ses hommes ne pourront plus engager le pays au-delà de cette date buttoir.

La bipolarisation est presque totale. Il n’y a plus de place pour les « ni »- «ni ».

Problématique

► Le pays peut-il indéfiniment continuer à fonctionner avec des imposteurs à tous les niveaux ? Non.

► Au delà du 31 décembre 2017, les animateurs actuels de différentes institutions du pays auront-ils un brin de confiance du peuple ? Non.

► Les anti-Kabila, à savoir essentiellement le Rassemblement des forces politiques et sociales acquises au changement et les mouvements de la société civile sont-ils disposés à prendre langue avec le clan Kabila pour un éventuel arrangement politique ? Jusque là non, et peut-être jusqu’au délai butoir du 31 décembre 2017.

► Entre l’acceptation d’une situation de fait pourrie sous prétexte de « calme social », et la révolte contre l’arbitraire, de quel côté le peuple congolais penchera-t-il ? Du côté de la révolte.

Les détonateurs

Un certain nombre de faits peuvent être des détonateurs :

– Le comportement mafieux des Kabilistes et apparentés.

L’idéologie du clan Kabila étant : « Profiter au maximum de la caisse de l’état, se faire corrompre, détourner les deniers publics, empocher des commissions sur toutes les affaires…  » et souvent au mépris des pleurs et grincements de dents de la population, il n’est pas exclu qu’un excès de zèle quelque part puisse mettre le feu aux poudres. Il n’est qu’à voir le tollé soulevé par la décision du gouvernement Tshibala de mettre fin à la circulation des passeports.

– L’ambiance dans les stades avec les désormais habituels chants anti-Kabila. Un plaisantin peut toujours lancer un mot d’ordre anarchique qui pourrait facilement être relayé à la sortie du stade. Et les matchs de football, il y en aura beaucoup d’ici le 31 décembre. Les supprimer est impossible,

– La misère généralisée.

Le transport est difficile, les fonctionnaires sont mal payés, manger à sa faim devient une prouesse…

– La cohabitation richesse arrogante des membres du clan Kabila et vie de clochards de la population,

– Les laisser pour compte du kabilisme.

Le clan Kabila s’appelle pompeusement « Majorité Présidentielle ». Mais en réalité il s’agit d’une minorité qui profite des richesses du pays. Bien de petits politiciens ont rejoint le clan en vue d’éventuels profits. Qu’ont-ils gagné ? Des miettes avec en prime le mépris de la population.

En cas de choc frontal avec le peuple, ces petits kabilistes accepteront-ils de mourir pour Kabila, ou à la première salve, ne vont-ils pas prendre leurs jambes au cou, laissant ainsi les barons du pouvoir se faire démolir par la colère populaire ?

– Le jusqu’auboutisme de Joseph Kabila : à ce jour, le peuple scrute en vain un signe de la part du Président sortant disant assez clairement qu’il est disposé à quitter le pouvoir, à le laisser à d’autres.

Joseph Kabila aura-t-il la sagesse et la prévoyance de se prononcer à temps ou, faute de repères, s’y prendra-t-il trop tard, quand la situation aura atteint un point de non-retour ?

– Les mots d’ordre du « Rassemblement ».

Cette plate-forme avait promis une feuille de route reprenant des actions à organiser jusqu’au départ du pouvoir de Joseph Kabila. Le « Rassemblement » est dans l’obligation d’affiner ses stratégies et de les mettre en application rapidement. Si le « Rassemblement » et son jumeau que sont les mouvement citoyens manœuvrent bien, il sont en mesure de mettre dans les rues de Kinshasa deux à cinq millions de personnes. Avec un tel nombre de personnes, le régime de Kabila ne peut pas résister.

Est-ce possible ? Oui, tous les ingrédients sont réunis et en face, le fruit est tellement pourri qu’il suffit de bien secouer le cocotier pour que tout s’effondre.

Issue

Que l’on le veuille ou pas, entre le mois d’octobre et décembre 2017, la RD Congo sera une véritable poudrière, les lignes bougeront. Quelle sera l’amplitude de cette secousse ? Quels pourraient en être les dégâts?

Tous les signaux doivent désormais être attentivement scrutés, et aucun ne doit être négligé.

Bruxelles, le 3 octobre 2017

Cheik FITA

 

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